• © Tomas Wüthrich

  • © Tomas Wüthrich

  • © Tomas Wüthrich

  • © Tomas Wüthrich

  • © Tomas Wüthrich

Chères Donatrices, chers Donateurs,

Avec du retard je vous souhaite une très bonne année 2018. Une bonne santé, la paix dans votre cœur et dans votre âme, et l’espoir pour vous accompagner dans tous les moments de votre vie. Que ces moments soient de joie, de tristesse, de bonheur ou d’épreuves, que cet espoir demeure toujours en vous.

 

Nous allons tous bien à Bassam. Notre Centre devient de plus en plus beau, toutes les fleurs, plantes, haies et arbres qu’Aziz a plantés il y a un an ont pris racines et fleurissent à une rapidité étonnante, grâce aussi à notre climat. Nous avons aussi des tournesols qui s’épanouissent sous le regard des enfants, des patients et du personnel. Ils ne connaissaient pas cette fleur, et quand je leur ai expliqué qu’elle se tourne toujours vers la lumière pour s’épanouir et que nous devrions faire pareil, leurs sourires m’ont rempli de bonheur. Les enfants surtout sont très heureux de pouvoir vivre dans ces lieux qu’ils méritent amplement, après avoir vécu dans un bidonville sale et malsain.

Sonnenblumen Homepage

Thérèse, Marie-France et Ernest

Je voudrais vous raconter une belle histoire qui me rend particulièrement heureuse. Il y a 15 ans, nous étions encore à Adjouffou, je me suis rendue un soir au marché de nuit vers 21 heures, car j’avais très faim. Le marché de nuit est un marché du quartier, éclairé par des lampes à pétrole où des dizaines de personnes ont installé des petites tables ou elles préparent et vendent de la nourriture. Un endroit souvent mal fréquenté où des gens boivent beaucoup d’alcool. Je commande du poulet braisé et de l’Attieke, genre de semoule de manioc, en attendant mon regard se pose sur une petite jeune fille qui était assise sur un banc. Je me dirige vers elle et lui dis :
« Bonsoir, jeune fille, que fais-tu ici a une heure pareille, ce n’est vraiment pas un bon endroit pour une jeune fille toute seule. »
Elle me répond : « Ma sœur, mon frère et moi avons faim, j’attends que quelqu'un puisse nous donner un peu de reste de nourriture. »
Je savais que beaucoup d’enfants de la rue habitaient et dormaient la nuit sous ces tables. Et qu’ils devaient se nourrir avec ce qu’ils trouvaient dans les poubelles.
« Tu t’appelles comment, et quel âge as-tu ? »
« Je m’appelle Thérèse et j’ai 13 ans et mon frère a quatre ans et ma sœur a cinq ans. »
Je lui achetais une très grosse portion de poulet et de l’Attieke et en lui donnant le repas je lui dis :
« Rentre vite chez toi et viens me voir demain matin avec ton frère et ta sœur au Centre L’Espoir, je m’appelle Mme Lotti. Allez, file, bon appétit et bonne nuit. »
J’avais mille question à lui poser, mais ce n’était ni le moment, ni le bon endroit. En quittant le marché j’ai donné mon repas à un autre enfant affamé qui me regardait avec des gros yeux tellement triste, que cela m’a coupé l’appétit. Est-ce qu’elle viendra demain ? J’ai pressenti encore un destin tragique, car si une petite fille de son âge devait aller chercher de la nourriture pour deux petits à 21 heures à un endroit aussi malsain ne me disait rien de bon.

Elle est arrivée, le lendemain, tenant à chaque main un enfant. Elle me présentait Ernest, son petit frère de quatre ans, un bout de chou avec des yeux malicieux et un sourire coquin mais très mal habillé, et ensuite une petite fille, maigre et triste, avec une petite robe qui était très usée et sans chaussures et une étrange odeur douceâtre émanant d’elle. Je voyais aussi qu’un de ses pieds était emballé dans un vieux chiffon sale et puant.
« Voilà, Marie-France, elle est malade, elle a cinq ans. »
« Mais où sont vos parents ? »
« Nous avons la même Maman, mais elle est morte et chacun d’entre nous a un père différent. Le mien est marin et toujours en mer, celui de Marie-France est mort et celui d’Ernest remarié avec une femme qui le frappe toujours. Il tient un bar et toutes les nuits il est saoul. Nous vivons chez un grand frère qui est étudiant, mais il ne peut pas nous nourrir. »

Therese Ernest Marie France klein Homepage                            Therese Ernest Marie France klein auf Treppe Homepage

Presque incroyable de croire à la crédibilité de cette histoire je décide d’envoyer mon assistant social pour vérifier si elle dit vrai.
« Et Marie-France, que lui arrive-t-il donc au pied ? »
Je la prends dans mes bras et l’assoit sur une chaise et enlève ce chiffon. Ce que je vois me fend le cœur. Non seulement cette petite fille n’a pas de talon à un pied, mais il lui manque aussi deux orteils.
«  Tu ne l’as donc jamais emmené chez un médecin ? »
« Si, mais ça coute trop chère, nous ne pouvons pas payer les traitements. »
Je me rendis compte qu’elle n’avait pas l’air de souffrir.
« Elle n’a pas mal ? », demandais-je.
« Non, elle ne sent aucune douleur, elle a cogné ses orteils qui sont devenus bleus et sont tombés, elle n’a rien senti. »
Je sentais mon cœur pleurer, et une grande tristesse m’envahir pour cette petite fille qui allait perdre ses membres si on ne faisait rien et ça d’urgence.
« Tu vas aller voir le père d’Ernest et ton grand frère et tu leur dit que je vous garde pour le moment. Je vais vous donner des habits et de la nourriture, et on va soigner Marie-France. »
Ça ne dérangeait pas plus le père d’Ernest de ne plus devoir s’occuper de son fils, l’assistant sociale me confirmait que tout était juste ce que Thérèse m’avait raconté. Nous amenons Marie-France chez un professeur qui suspectait la Lèpre. Après avoir fait beaucoup d’examens, il s’est avéré qu’il s’agissait de la Drépanocytose, maladie congénitale orpheline qui n’existe pas en Europe, d’où la non-présence de traitement approprié. Les globules rouges de ces patients sont malformés et ne peuvent plus oxygéner tout le corps, d’où d’affreuses anémies, des malformations et des plaies impossibles à se cicatriser. Les patients souffrant de la forme grave dépassent rarement les 30 ans de vie, malgré les transfusions sanguines toutes les 4 semaines. Marie-France, dans son malheur, souffre de la forme la moins grave de cette maladie. Le Professeur voulait la garder pendant un an, afin de reconstruire son talon. Ce qu’il est arrivé à faire et elle porte des sandales ou des petites ballerines, elle boite légèrement, mais elle a retrouvé sa dignité de petite fille. Nous leurs avons loué une petite maisonnette, les avons scolarisés, sauf que Thérèse ne voulait rien apprendre, car elle voulait se consacrer à son petit frère et sa petite sœur. Cet amour et cette solidarité restera à jamais gravé dans mon cœur.

Ernest Marie France und Lotti heute Homepage                         Therese et David 2 Homepage

Et aujourd’hui ? Marie-France a 20 ans, elle a fait une école de secrétariat et a trouvé du travail. Ernest a 19 ans et après un bac brillant a commencé l’académie de droit. Nous les scolarisons, comme 800 autres enfants pour lesquels il s’agit du seul avenir. Thérèse a eu un petit garçon qui a deux ans, elle est heureuse et quand Marie-France lui a donné son premier salaire, l’émotion était palpable. Ernest et Marie-France n’oublierons jamais l’amour de leur grande sœur car ils savent qu’elle leur a consacrée sa vie, et je suis sure qu’à leur tour ils l’aideront dans le futur.

Cette histoire restera gravée dans mon cœur. Une histoire comme des milliers d’autres, une histoire pleine d’espoir et d’amour. Cela me confirme une fois de plus oh combien il est important d’être sur place pendant encore très longtemps, pour pouvoir les voir grandir, tous ces enfants, et les accompagner jusqu’à leur indépendance. L’espoir que la vie continue, malgré la souffrance et l’injustice, l’espoir de sauver tous ses enfants est devenu une réalité et une vie meilleure. Cela est aussi votre œuvre, je vous en serais éternellement reconnaissante.

Recevez, chères donatrices, chers donateurs, mes salutations les plus respectueuses.

Lotti Latrous